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A Dark, Dark Man - Film (2020)

A Dark, Dark Man - Film (2020)

A Dark, Dark Man - Film (2020)

Film de Adilkhan Yerzhanov Drame et policier 1 h 50 min 14 octobre 2020

Bekzat est un jeune policier qui connait déjà toutes les ficelles de la corruption des steppes kazakhes. Chargé d’étouffer une nouvelle affaire d’agressions mortelles sur des petits garçons, il est gêné par l’intervention d’une journaliste pugnace et déterminée. Les certitudes du cow-boy des steppes vacillent.

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Il y a dans « A Dark, Dark Man » une impassibilité qui manquerait presque de dérouter, voire même de nous ennuyer poliment. La réalisation particulièrement millimétrée du kazakh Adikhan Yerzhanov n’est d’ailleurs pas sans évoquer l’univers d’un Takeshi Kitano, où la violence demeure si fortement encrée dans l’image qu’en émerge un simple sentiment de lassitude. À ce titre, le film nous impose un anti-héros rachitique, inspecteur corrompu conspué dès son introduction par ses supérieurs, lui suggérant d’emblée de se tenir droit et d’enlever la musique pop un tantinet douteuse émanant de son véhicule. Dans la scène suivante, le voilà mangeant, impassible, ses nouilles face au cadavre d’un enfant. Se déroulant sous le joug de longs plans, en général soumis à une impalpable fixité, « A Dark, Dark Man » dépeint une police kazakh provinciale oubliée, se servant en guise de commissariat d’un vieil immeuble en proie à la rouille du temps de l’URSS. Même pas de ballon : un bidon d’eau suffira à animer une partie de foot. Sans parler de la voiture du personnage principal : véritable tas de ruine soviétique incapable de démarrer sans une poussée. Mais là où Yerzhanov révèle l’étendu des pouvoirs de son imagerie, c’est bien dans son utilisation quasi haptique de l’ironie. Par exemple, dans une séquence précédant une fusillade, un supérieur de notre personnage principal raconte une blague à ce dernier, soulignant, avec l’insistance d’un angoissant fou-rire, qu’il a oublié la fin de sa boutade, en réalité calquée sur le récit même du film ! Alors, où est la blague ? D’entrée de jeu, le film nous montre un idiot jouant à colin-maillard dans un champ de maïs. Il y a bien des métaphores à traduire dans cette simple image, notamment en prenant à compte la perspective politique dessinée Adikhan Yerzhanov, suggérant un Kazakhstan où la corruption est devenu la norme, où la police se voit confier un matériel dégradé, et une hiérarchie vicieuse. Nous parlions plus haut d’une partie de foot que se jouent les gardes du commissariat avec un bidon d’eau. Plus tard dans le film, l’arrivée de la journaliste, élément déclencheur du scénario, se fait en concomitance avec celle d’un véritable ballon. Synonyme d’un progrès lui-même corrompu par les élites aveugles, la journaliste ne va d’ailleurs pas manquer de se prendre elle-même le ballon dans le tête dès sa première scène. Cette symbolique du ballon, déjà fréquemment utilisée par Steven Spielberg au service de desseins similaires, renforce notre approche de « A Dark, Dark Man » comme la simulation d’une blague, et cela même lorsqu’un personnage appuie sur la détente. Une simulation n’hésitant pas à briser le quatrième mur, avec une subtilité misant notamment sur la rétention des informations transmises. Ainsi, le film parvient à conserver son opacité tout en nous ouvrant son cœur. Un cœur auquel on pourra reprocher de pulser à un rythme bien froid, mais qui au moins ne fait pas semblant. Comme le titre de cette critique, lequel ne fait pas semblant de n’avoir strictement aucun rapport avec celle-ci, ni avec le film d’ailleurs !

https://nooooise.wordpress.com/2020/09/17/a-dark-dark-man-jirai-bien-presser-un-steak-saignant-sur-tes-tripes/

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