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Genèse - Film (2019)

Genèse - Film (2019)

Genèse - Film (2019)

Film de Philippe Lesage Drame 2 h 09 min 10 avril 2019

La naissance des premières amours ébranle trois adolescents dans le tumulte de leur jeunesse. Alors que Guillaume tombe secrètement amoureux de son meilleur ami, sa demi-sœur Charlotte quitte son petit ami pour s’essayer à des rencontres plus libres. A la genèse de ces histoires, dans un camp de vacances, le jeune Félix connait son premier émoi…

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On commence à avoir une idée précise de son modus operandi et du visage qu’il souhaite donner à son cinéma : qu’il tourne des documentaires (Ce cœur qui bat) ou des fictions (Copenhague. A Love Story), Philippe Lesage opte pour l’observation attentive de ses personnages et la composition d’univers envoûtant, pour l’élaboration d’un récit de l’intime où résonnent les doutes et peurs enfantines. Avec Genèse, il affiche une ambition certaine en voulant renouveler ce thème pour lequel tout semble avoir été dit depuis longtemps, à savoir l’apprentissage amoureux.

C’est bien parce qu’il a conscience d’arriver un peu tard dans la bataille, que Philippe Lesage assume pleinement l’héritage culturel de ses paires, en multipliant notamment les références à ces grands auteurs que sont Jean Vigo et J.D. Salinger. L'allusion à l’Attrape-cœurs est d’ailleurs finement travaillée, puisque sa lecture sert de ponctuation symbolique et les personnages semblent en être échappés. L’originalité est à rechercher plutôt du côté formel, puisque le récit évoluera sur le mode du triptyque : trois regards fixant un même point sans jamais se croiser, trois destins évoluant en parallèle vers un même horizon, trois manières d’entrée dans la vie amoureuse.

Les deux premières seront traitées en parallèle au cours d’une première partie qui se veut distanciée, réaliste, et surtout désenchantée. Car dans un monde où la violence et l’hypocrisie prédominent, où l’on se cogne constamment au préjugé et aux jugements de valeur, l’ouverture aux sentiments peut s’avérer terriblement dévastatrice. C'est la leçon qu’apprennent les deux protagonistes, Guillaume et Charlotte, qui vont subir leurs premières écorchures en se confrontant à la non réciprocité du désir. Ces émois qui taraudent, Lesage les filme avec une authenticité qui facilite l’empathie. Sa mise en scène elliptique, souvent frontale, porte vers nous ces visages et ces corps en attentent que la caméra saisit dans toute leur singularité, confrontant l’intégrité des sentiments à la dureté du réel (humiliation, cruauté, etc.).

Pour rendre compte des tourments de ses personnages, Lesage à la bonne idée d’associer errance sentimentale et géographique, filmant des êtres cherchant leur place au sein d’intérieur bien trop grands (internat, salle de sports...), ou partant à la dérive à l’extérieur de l’enceinte scolaire (ruelle, bars, etc.). La musique, même si elle est parfois utilisée avec trop d’insistance, s’avère également précieuse pour relier les protagonistes entre eux et révéler les fluctuations du désir.

Seulement, si les bonnes intentions sont là, les maladresses également et elles vont progressivement ternir notre impression générale. On regrettera ainsi une mise en scène qui se fait trop souvent insistante et didactique (surlignage musical, présence trop lourde de la caméra...), et une écriture qui n’est pas exempte de tout reproche (caractérisation des personnages, ruptures de ton malhabiles...). Il en ressort l’étrange impression d’assister à une œuvre certes ambitieuse mais à l’artificialité trop marquée.

Il n’en demeure pas moins que les acteurs sont bons, comme Théodore Pellerin notamment, et certaines scènes retiennent notre attention par leur élégance (le coming out lors de l’épreuve orale en classe). Mais c’est surtout dans ses dernières minutes, dans cette dernière partie qui donne au titre sa justification, que Genèse se montre le plus convaincant : on remonte le temps pour aller observer les premiers balbutiements du sentiment amoureux, lorsque deux préadolescents se rencontrent lors d’une colonie de vacances estivales. La douceur bucolique et l’éclosion d’un amour innocent ravissent notre regard, mais surtout nous invitent à la réflexion : comment, un peu plus tard, en arrive-t-on à malmener des Guillaume et des Charlotte ? Notre attention se porte alors sur les grands absents de cette colonie de vacances, comme les adultes ou les grandes instances sociales. Si sa présence ne suffit pas à faire oublier les maladresses précédentes, cet épilogue chaleureux a au moins le mérite de rendre la démarche de Philippe Lesage pertinente et cohérente. (6.5)

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