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Another Day of Life - Long-métrage d'animation (2019)

Another Day of Life - Long-métrage d'animation (2019)

Another Day of Life - Long-métrage d'animation (2019)

Long-métrage d'animation de Damian Nenow et Raul de la Fuente Drame et guerre 1 h 20 min 23 janvier 2019

Varsovie, 1975. Ryszard Kapuscinski (43 ans) est un brillant journaliste, chevronné et idéaliste. C’est un fervent défenseur des causes perdues et des révolutions. À l’agence de presse polonaise, il convainc ses supérieurs de l’envoyer en Angola. Le pays bascule dans une guerre civile sanglante à l’aube de son indépendance. Kapuscinski s’embarque alors dans un voyage suicidaire au cœur du conflit. Il assiste une fois de plus à la dure réalité de la guerre et se découvre un sentiment d’impuissance. L’Angola le changera à jamais : parti journaliste de Pologne, il en revient écrivain.

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Film conceptuel avant tout, joignant à la rigueur du documentaire la puissance évocatrice de l’animation, Another day of life tente de rendre compte du drame ultime que représente la guerre, tant sur le plan collectif qu’individuel. Un parti pris esthétique qui donne au film sa belle singularité, tout en lui imposant d’infranchissables limites : la « confusion » qu’il exprime devient aussi celle d’un récit parfois brouillon et empêtré dans ses prérequis.

À travers son livre éponyme, D’une Guerre l’autre en français, Ryszard Kapuściński put concilier travail journalistique avec prétention littéraire, relatant aussi bien la complexité de la guerre civile en Angola que les tourments intimes des différents protagonistes. Il y retranscrit les horreurs d’un conflit où se rejoue la guerre froide, les deux fronts de libération du pays étant respectivement soutenus par l’URSS et les États-Unis. C’est cette riche matière journalistique et littéraire qui a servi d’inspiration à Raúl de la Fuente, cinéaste venu du documentaire, et à Damian Nenow, venu de l’animation, pour signer Another Day of Life.

Leur démarche artistique est avant tout muée par l’idée de donner tout son sens au terme « confusão » (confusion, désordre général en portugais) : là où le livre permettait un éclairage sur le sujet, le film le rendre visible à l’écran, espérant ainsi toucher un plus large public. Le parti pris de l’oeuvre hybride semble alors se justifier totalement, exprimant à travers l’esthétique le sentiment d’instabilité, de basculement d’un monde à un autre. Formellement, le mélange composé d’images animées et de prises de vues réelles parvient à relier le vécu de Kapuściński avec celui de tout un peuple. Narrativement, ensuite, le passage incessant entre fiction et réalité, entre-temps passé et présent, permet de mettre en perspective des espoirs amenés à être déçus par l’arrivée du MPLA au pouvoir en 1975.

Seulement, ces bonnes dispositions se heurtent à un problème de taille : comment rendre compte de la complexité d’une guerre, qui dura tout de même trois décennies, lorsqu’on dispose d’un récit de quatre-vingts minutes ? Forcément, beaucoup d’événements sont survolés ou à peine énoncés, donnant au film un aspect confus qui finit par le desservir cruellement. De même, le procédé de la rotoscopie (reproduction graphique de prises de vue d’êtres animés), utilisé ici pour caractériser les personnages-clés de l’intrigue, fini par aplanir les situations et provoque une distanciation quelque peu décevante. On ne retrouve pas la force graphique de Valse avec Bashir, par exemple. Film, d’ailleurs, auquel on pense un peu trop souvent.

Fort heureusement, les bonnes idées de mise en scène sont là et ne tardent pas à nous séduire : le jeu sur les cadrages et les mouvements de caméra facilite l’évocation du drame social et de l’urgence de l’instant. Quant au recourt à une plastique parfois bien audacieuse (onirisme rappelant Moebius, jeu sur les dégradés de couleurs…), elle permet une représentation expressionniste du chaos, qu’il soit social ou mental, collectif ou intime. Même s’il peut se montrer brouillon et malhabile (avec, notamment, un surlignage musical bien trop marqué), Another Day of Life sait captiver par l’éloquence des images, et permet un éclairage sur une période historique encore mal connue.

(6.5)

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