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Mai 68, la belle ouvrage - Documentaire (1968)

Mai 68, la belle ouvrage - Documentaire (1968)

Mai 68, la belle ouvrage - Documentaire (1968)

Documentaire de Jean-Luc Magneron 1 h 57 min 25 avril 2018

En dépit des assurances du gouvernement et des consignes d'extrême modération que le préfet de police de Paris Maurice Grimaud avait personnellement, par courrier, adressées à chacun des vingt mille hommes qui servaient sous ses ordres, les événements de mai 68 comportèrent leur lot de brutalités. Jean-Luc Magneron enquêta à chaud sur cet aspect d'un mois printanier qui ne fut pas si joyeux pour tout le monde, réunissant les expériences de victimes ou de témoins oculaires, qui évoquent, les uns, la violence des coups de matraques, les autres, l'usage abusif des grenades lacrymogènes ou encore le blocage des secours et les insultes à caractère raciste.

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Mai 68 La Belle Ouvrage est d'abord un documentaire de mots. Les images (sous-entendu « sur les événements de Mai 68 ») y sont quasiment absentes. Sur les deux heures de film, s'il y a cinq minutes d'images d'archives, c'est bien le grand maximum. A l'inverse de la tendance actuelle, où l'on se contente de nous balancer des images en guise de preuves absolues (comme si des images ne pouvaient pas être interprétées de différentes manières, comme si des images brutes étaient suffisamment claires, comme si on ne pouvait pas donner n'importe quel commentaire sur une même image), Jean-Luc Magneron, lui, se raccroche aux mots. Il faut dire aussi que le contexte est différent : en 68, pas de smartphones à portée de main pour filmer ce qui nous passe devant les yeux. De plus, ce dont parle Magneron ici s'est essentiellement déroulé à l'abri des caméras. Le film de Magneron n'est donc pas un documentaire qui va nous raconter les événements de Mai 68. Pas de chronologie, pas de narration. Le film est orienté sur une partie seulement de ce qui s'est déroulé alors : la répression policière. Avec habileté, Magneron commence son film avec un extrait d'un entretien de de Gaulle qui parle de « l'anarchie universitaire » et vante l'attitude « mesurée » de son gouvernement. Face à cela, Magneron va produire toute une série de témoignages qui vont démontrer le contraire. Le cinéaste adopte une grande sobriété de mise en scène (plans essentiellement fixes sur les visages de ces témoins) pour donner plus de valeurs aux mots. Des étudiants bien sûr, mais aussi des journalistes, des médecins et même un simple passant. Tous décrivent la même chose : des forces de l'ordre qui chargent, des scènes de guerre en plein Paris, des grenades, des passages à tabac, etc. Certains témoignages apportent des nuances intéressantes : des CRS « abasourdis » par la volonté des jeunes, des officiers qui tentent, tant bien que mal, de contrôler leurs hommes, et une violence qui se défoule complètement en fin de nuit. En cela, les témoignages des deux médecins sont sûrement les plus intéressants. Le premier, qui était aux urgences, fait la liste des blessures subies par les étudiants qui arrivent dans son services. Autant de preuves des passages à tabac, mais aussi de l'utilisation excessive de gaz dangereux, qui entraînent des problèmes respiratoires à court et long termes. L'autre médecin est encore plus intéressant. Il s'agit d'un interne en psychiatrie qui analyse le comportement des policiers : « il y avait tout un jeu qui se faisait autour de la violence. Défoulement, désinhibition de l'agressivité des CRS » : les événements servent de défouloirs à des policiers qui ne peuvent (veulent?) pas rester dans le cadre qui leur est défini. Un autre témoin pense que les CRS n'ayant jamais eu à affronter de tels manifestations, n'étaient pas préparés à faire face à cela et ne savaient pas comment répondre. L'exemple absolu de ce défoulement reste le cas, attesté par plusieurs témoignages, d'un « comité d'accueil » : lorsque des étudiants étaient arrêtés et amenés dans les commissariats, ils passaient à travers une haie de forces de l'ordre (policiers, CRS et gardes mobiles) qui les passaient à tabac à coups de matraques ou de pieds dans les parties génitales. Ainsi, par la force de ces témoignages pris pratiquement sur le vif (plusieurs témoins sont interrogés sur leur lit d'hôpital), guidés par un sentiment d'indignation, naissent des images bien plus fortes que ce les archives que le cinéaste aurait pu nous montrer. Parmi ces images, la plus fortes, celle qui résume peut-être le mieux Mai 68, reste celle de cet étudiant qui, du haut des barricades, insulte un CRS en larmes qui n'était autre que son père.

(à propos des mots, on se rend compte que certaines techniques politiques sont toujours employées de nos jours : de Gaulle parlait de « pègre étudiante » et de « blousons noirs », un certain président parle des « agitateurs professionnels » : le vocabulaire n'a pas beaucoup changé en 50 ans)

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