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Premières solitudes - Documentaire (2018)

Premières solitudes - Documentaire (2018)

Premières solitudes - Documentaire (2018)

Documentaire de Claire Simon 1 h 40 min 14 novembre 2018

A 16-18 ans, si on a de la chance on est au lycée.
Ici on est à Ivry et on discute entre les cours, même parfois pendant les cours.
Assis dans le couloir ou dehors sur un banc, ou sur le parapet avec vue sur la ville, les jeunes gens dialoguent à deux ou à trois et découvrent leurs histoires respectives.
Ces histoires dont ils ont hérité, celles de leur famille, souvent.
Ils parlent de passions et de solitudes.
Être seul, c’est bien et c’est mal. On cherche, on en discute.

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Après s’être intéressée aux coulisses de La Femis, où elle montrait avec brio les mécanismes de reproduction sociale induits par son concours et les nombreuses contradictions auxquelles doit faire face la prestigieuse école (la recherche de « l’originalité » au sein d’un cadre finalement très normé), Claire Simon pose sa caméra dans un lycée d’Ivry-sur-Seine et nous conte les trajectoires personnelles et sociales de ses élèves. La réalisatrice, avec un regard sociologique toujours aussi prégnant, nous livre un film sensible et éclairant sur une partie de la jeunesse française.

A l’opposé de son précédent film, qui témoignait d’une forme d’homogénéité – ethnique, sociale, culturelle - chez les candidats du concours de La Femis, Premières solitudes fait majoritairement place à des adolescents appartenant aux minorités ethniques et confrontés, pour beaucoup, à des contextes familiaux difficiles. En cela, les deux films se répondent, comme des photographies de deux jeunesses aux antipodes. Celle composée en majorité d’héritiers, d’une part, dominants culturellement, se projetant dans l’avenir et, d’autre part, celle d’adolescents en proie à des doutes profonds, à une certaine appréhension du futur.

La réalisatrice a été invitée à faire ce film par l'une des professeures du lycée et a associé les élèves à son élaboration. Claire Simon fait dialoguer ces adolescents, par groupes de deux ou trois, afin qu'ils se racontent et se découvrent les uns les autres au fil des discussions. L’exercice, qui peut sembler de prime abord artificiel, fait au contraire place à une singulière sincérité et spontanéité de la part des adolescents, amenant finalement à des récits intimes et émouvants. Le film, en aucun cas condescendant, possède aussi des moments de respiration, contrebalançant la dureté de certains récits.

Le film propose un éclairage sur la vie personnelle de ces lycéens, leur rapport à la famille, aux parents, aux pays d’origine de ces derniers. Leurs conversations traitent de sujets divers, allant de l’amour à leurs aspirations futures, en passant par leur rapport à la solitude, sentiment qui semble être partagé par chacun d’entre eux, que ce soit au sein de leur famille ou de la société. Mais au-delà de ces portraits individuels, ce sont aussi des trajectoires sociales que Claire Simon met en lumière. Les dialogues entre les protagonistes ont souvent lieu dans l'enceinte du lycée, mais aussi dans des espaces extérieurs à ce dernier, dont le choix ne semble jamais laissé au hasard. Que ce soit au café où travaille le père vietnamien d'une des élèves, au supermarché où une autre calcule rigoureusement le coût de ses courses alimentaires ou enfin en plein cœur du Marais, où l’une de ces lycéennes a passé son enfance pour ensuite connaître le déclassement social, chacun de ces lieux extérieurs au lycée est un moyen pour Claire Simon de préciser la position sociale occupée par ces adolescentes. Par le biais de ces différentes histoires individuelles, Premières solitudes articule finement l'intime et le social, et témoigne des « plis singuliers » d’une certaine jeunesse, pour reprendre les termes du sociologue Bernard Lahire. Le film est au final une expérience profondément émouvante et passionnante.

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