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Quand je ne dors pas - Film (2015)

Quand je ne dors pas - Film (2015)

Quand je ne dors pas - Film (2015)

Film de Tommy Weber Romance 1 h 21 min 30 septembre 2015

Paris, un soir d'hiver. Antoine, 20 ans, s'est mis en tête de partir voir la mer par le premier train du matin. Avec seulement quelques euros en poche, il n'a pas de quoi payer son billet. Mais il a toute la nuit pour réunir la somme nécessaire ; une nuit entière qui s'offre à lui.

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Antoine veut aller voir la mer. Mais il n'a pas d'argent. Alors il zone. Alors il deal. Alors il rencontre des gens. Alors il erre, seul, dans la nuit. Cette nuit qui le dévore, mal être au fond des poches, personnage à part, un peu seul, un peu à côté de la plaque, qui communique en permanence grâce à l'humour. Qui ironise, s'invente une vie, qui se joue un rôle avec ceux qu'il rencontre. L'humour comme protection, comme pour se protéger des autres, incapacité à communiquer, à être à l'aise avec le monde, avec lui-même, avec la vie. Antoine est paumé. Il est drôle malgré lui. Profondément touchant, d'une belle sincérité. Paroles qui sortent, façon de parler qui provoque le rire, naturel profond de tout un être. Il ne surjoue pas, il ne joue pas. Il est lui. C'est ce genre de personnage que l'on retrouve dans Hill of freedom et Sunhi de Hong-Sang Soo, ou même dans Frances Ha en fait. Absurdité qui vrille, personnages qui ne savent pas vivre, alors ils en fond trop, ou pas assez. Sans cesse à côté de la plaque.

Rare sincérité du réel, qui ne cesse de vivre, qu'on retrouve si peu dans le cinéma actuel. Justesse du réel, témoignage des vies, démonstration de l'existence la plus simple, la plus sommaire, la plus brute. Le cinéma devrait être ce genre de choses. Des œuvres qui peuvent ne pas casser trois pattes à un canard, mais qui demeurent des perles, de fines perles rares, des pépites d'or qui retranscrivent la vie la plus simple. Influence d'une Nouvelle Vague qui reprend vie grâce à un film qui sait avec justesse dépeindre la jeunesse d'aujourd'hui, avec candeur et même une belle poésie, grandiloquente. Ces embardées imperceptibles. Magie d'un Antoine à cheval au milieu des rues Parisiennes. Magie d'un film de Jacques Demy durant un bref instant. Envolée profonde d'un travelling qui vrille, dans la course folle d'un Antoine qui court à perdre haleine, musique et flou du dernière se faisant plus ample, faisant systématiquement penser à ce même plan d'un Denis Lavant qui court, dans Mauvais Sang de Leos Carax.

Fine naïveté, candeur, poésie d'un personnage qui veut simplement voir la mer, et qui va ainsi tout faire pour réaliser son rêve. Alors on pense encore à Promenade avec l'amour et la mort de John Huston, film d'une candeur inouïe, d'une poésie à couper le souffle, d'une simplicité foudroyante : car en plein Moyen-Age, le personnage de John Huston à ce même désir d'aller voir la mer. Et lorsque dans Quand on ne dort pas, Antoine est là, avec un drap blanc autour du cou, il fait penser au même personnage du film de John Huston, qui s'en va parcourir les routes, un voile blanc autour du cou, celui de sa bien-aimée, gage pour ne pas qu'ils se perdent de vue.

Maintes références alors, issues des moindres recoins des films vus ou revus, au court d'une cinéphilie qui grandit (vous avez vu comment je me la pète trop). Comme ainsi cette scène de fin bouleversante : monologue sur le visage en gros plan d'Antoine qui se tient au bord des larmes devant la caméra. Il dit et les mots ricochent, d'une beauté bouleversante. Et ainsi, ce qu'il nous dit fait exactement penser à ce très beau film Québécois issu de la Nouvelle Vague : Kid Sentiment, où comment deux jeunes hommes se protègent de leur peur, de leurs propres sentiments, grâce à l'humour. Le refoulement des sentiments de toute une jeunesse. Sociologie d'un bout de monde dans les années 60. C'est fascinant.

Ici, c'est Antoine qui se livre et s'affale le temps d'un moment rêvé, espéré, désiré : face à la mer en hors-champs, l'immensité d'un visage en gros plan ne cesse de vivre. De se détruire peu à peu devant nos yeux, comme ainsi le visage de Elisabeth Moss dans Queen of earth, lorsqu'elle parle toute seule face caméra, à un homme que l'on ne voit pas, et que peu à peu, tout jaillit, les larmes des yeux et l'intérieur qui s'asphyxie, ne pouvant faire autrement que de déborder, entièrement.

Moment maladroit mais profondément sincère d'un moment face à la mer, voix un peu fausse qui ricoche sur une musique quelque peu maladroite elle aussi. Néanmoins, ça déborde de partout là dedans, pour livrer face à la mer, un film d'une belle sincérité, drôle et bouleversante, touchante et maladroite, belle comme la plus simple vie.

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