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L.A: Gangs de femmes - Documentaire (2012)

L.A: Gangs de femmes - Documentaire (2012)

L.A: Gangs de femmes - Documentaire (2012)

Documentaire de Stéphanie Lamorré Drame 1 h 24 min 17 avril 2012

La documentariste Stéphanie Lamorré a plongé au cœur des gangs féminins les plus durs de Los Angeles. Elle livre des témoignages poignants et sans concessions de femmes dont la vie semble avoir perdu toute valeur – sauf celle de la violence extrême.

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L.A. gang de femmes, de Stéphanie Lamorré

“A Los Angeles, un membre de gang a une espérance de vie de 25 ans.”

"Entre les stars de Beverly Hills, le monde magique de Disneyland et les surfeurs de Santa Monica s’étendent des kilomètres de violence dans les quartiers les plus difficiles que sont South Central, East LA et Echo Park."

La réalisatrice s’est immergée pendant plusieurs mois dans ces trois quartiers dangereux de Los Angeles témoignant d’une terrible réalité. Tous les jours, des adolescents, des enfants, des innocents meurent à cause des gangs. Je me souviens avoir vu ce documentaire en 2012 lors de sa diffusion sur Arte. J’avais déjà été marquée à l’époque et j’ai souhaité le revisionner pour m’intéresser de plus près à ce phénomène de gangs, à cette culture de l’ultraviolence, notamment dans le cadre des conflits interraciaux qui sévissent depuis plusieurs mois aux Etats-Unis, bien que le problème ait toujours été majeur aux USA. J’ai également lu quelques articles pour en apprendre plus sur la triste et sombre réalité des ghettos, et j’ai souhaité mettre en lien ce phénomène avec la culture hip hop.

Ce qui frappe dans ce documentaire c’est la solitude de ces femmes, qui passent leur vie en bande tout en revendiquant ne pouvoir faire confiance à personne. On est également frappé par la vacuité de leur existence. Elles passent en effet leurs journées à errer, à fumer des joints, à insulter les passants, à patrouiller en voiture dans leur quartier et à se livrer à des activités illégales la nuit. Ces femmes vivent coupées du monde et acceptent avec fatalisme de mourir jeune, puisque "dans les gangs il n'y a pas d'avenir. Le seul avenir c'est la prison ou la mort.” Dans cette perspective, l’issue ne peut être que dramatique. Elles ne redoutent pas la mort qui s’apparenterait plutôt à une délivrance, une issue à ce cauchemar qui les plonge dans le non sens total, où la vie n’a aucune valeur.

Ces jeunes femmes ne vivent pas dans la réalité, elles sont totalement désocialisées, livrées à elles-mêmes depuis leur plus jeune âge, sans aucun cadre structurant, ni éducation. Elles ont suivi la même voie que leurs parents, pas par choix mais par déterminisme social, et n’ont aucun espoir d’amélioration de la vie de leurs enfants. C’est donc ainsi qu’elles vivent leur vie, comme condamnées à reproduire malgré elle un schéma voué à la répétition .

[...] Si je pouvais changer, je serais née dans un endroit complètement différent, quelque part loin d'ici où j'aurais juste pu grandir normalement et jouer aux Barbies et tout ça." (Bad Luck, appartient aux Avalon Crips, South Central, L.A.)

Des innocents se font tirer dessus tous les jours, la violence et la pauvreté gangrènent les quartiers et la mort peut frapper à tout moment. Des gamins s’insultent, se font poignarder sur le trottoir à cause de leur appartenance à un gang, de leur couleur de peau ou même de la couleur de leurs vêtements. Les gangs entretiennent la violence, le désespoir, la haine raciale et cet environnement rend impossible toute perspective de construction d’un avenir.

Comme témoigne Miko: “Pourquoi je vis? Qu’est ce que je fais là? Je ne construis rien.” C’est un véritable appel de détresse, pour le moins déchirant, lorsque qu’ elle dit qu’elle aimerait “avoir un endroit où les potes pourraient se retrouver au lieu de trainer dans la rue.” Pour elle, comme pour ces filles, le gang est leur seul repère, la seule façon d’exister.

Etre membre d’un gang c’est l’être toute sa vie peu importe si on essaie de changer. Il y aura toujours la menace de se faire tuer pour ce que l’on a fait dans le passé. Le point commun entre ces femmes est qu’elles avaient toutes des rêves, l’espoir de pouvoir s’offrir une vie meilleure, mais toutes se sont heurtées à des désillusions, coincée dans leur quartier, avec le poids de leur passé et de leurs regrets.

Soulève alors la question du rôle du gouvernement. En effet, on peut s’étonner qu’un pays aussi riche que les Etats Unis, avec un service de sécurité ultra développé, comporte la concentration la plus importante de gangs. Les gangs ne résultent finalement que du système capitaliste, qui alimente l’essor d’un commerce parallèle, qui échappe à tout contrôle, car le trafic est efficace et enrichit l’état. Les pouvoirs publics ont, depuis longtemps, abandonné ces quartiers et laissent les gens s’entre-tuer. Les premières victimes sont les habitants de ces quartiers, terrorisés par les gangs qui font régner la terreur. Les membres des gangs sont finalement eux aussi des victimes du système, un système axé sur le profit et loin de toute considération sociale.

Personne ne peut prôner une violence aussi brutale et absurde que celle des gangs. L’adhésion à un gang n’a strictement rien de cool et de similaire à certains clips de rap très stéréotypés. Il ne faut pas oublier que beaucoup des rappeurs n’ont jamais fait partie d’un gang. La plupart ont été affiliée par leurs activités, dans leur passé de délinquant sans pour autant en faire partie. Le rap West coast ne se résume pas au gangsta rap, sous catégorie de rap s’étant développé sur la cote ouest et qui se caractérise par son ultraviolence. Les thèmes évoqués dans le gangsta rap sont en lien avec la vie abominable des ghettos: l’argent et la réussite, les femmes, la drogue et son commerce, les crimes de gangs, la brutalité policière...

Il ne faut pas oublier que le rap est né dans la rue, et un rappeur a par définition, été confronté au ghetto, au “hood”, à la pauvreté et à la violence sans forcément avoir été membre d’un gang. En effet,s’ils sont mêlés à des règlements de compte, ne vont pas à l'école , tombent dans la délinquance, ce n’est pas par choix mais parce qu'ils ne peuvent rien faire contre ça. C’est le poids de leur milieu qui conditionne leur vie. C’est un fléau contre lequel ils tentent de survivre, et cela passe par le trafic de drogue, la prostitution, le trafic d’armes...Que ce soit sur la côte West, Est, Midwest, South, la vie dans le ghetto est la même. Bien évidemment les temps ont changé, certains quartiers ont été redynamisés et ne sont plus les coupes-gorges qu’ils étaient, où les tensions menaient régulièrement à des guérillas urbaines, je pense notamment à Compton ou au Bronx. Pour avoir mis les pieds dans le Bronx, Harlem ou dans les bas-fonds de Brooklyn, où il y a pourtant de nombreux gangs en activité, je n’ai a aucun moment eu peur pour ma vie. Mais les gangs sont toujours présents et font partie de la réalité locale.

Pour la plupart des rappeurs, il s’agit surtout de témoigner d’une réalité dont ils ont pu échappé, de prendre sa revanche et de revendiquer son ascension sociale, qui passe par la réussite matérielle. Cependant les rappeurs n’oublient jamais d’où ils viennent et expriment un besoin identitaire de revendiquer leur appartenance à un quartier. Leur allégeance territoriale est très forte et imprègne constamment leurs textes.

Le rap a aujourd’hui pris de multiples formes et s’est diversifié. Tous les rappeurs ne témoignent pas forcément de la dure loi de la rue et certains n’ont d’ailleurs jamais mis les pieds dans un ghetto, ou n’ont tout simplement pas été confrontés au mêmes difficultés. Même si certains rappeurs tirent profit du privilège d’avoir pu grandir dans des banlieues calmes, ce n’est pas pour autant qu’il n’ont pas un rôle à jouer sur la scène rap. Certains tiennent d’ailleurs une position engagée en œuvrant pour plus de tolérance. D’ autres prétendent pratiquer la violence pour être cool et frimer, dans un but uniquement commercial. Chaque artiste a son propre style , et ses propres influences, qu’elles soient musicales ou en lien avec le vécu et le milieu; chez certains le sexe et la violence dominent, chez d’autres le rap veut éveiller les consciences. Je ne dis pas qu’il y a d’un côté les méchants gangstas, et de l’autre les gentils engagés. La rivalité Ouest/Est n’a plus la même proportion qu’il y a 20 ans. L’émergence de nouveaux artistes et de nouveaux courants hip hop a en quelque sorte permis de désamorcer cette rivalité et d’unir le rap.

Le rap ne se veut, en effet, plus représenter une communauté de laissés pour compte, et n’est pas une histoire de gang et de violence urbaine même s'il a longtemps été associé à ça. La nouvelle génération d’artistes hip hop se caractérise par la richesse de ses influences musicales, par une volonté de combattre les inégalités et de faire tomber les frontières dans les styles musicaux . Le rap n’est plus centré sur la réalité urbaine mais s’universalise dans une volonté de s’ouvrir au monde, de fédérer dans l’optique d’interpeller les mentalités, et d’accélérer les changements sociaux. En effet, même si la violence est toujours présente dans les textes, le rap véhicule désormais plus de messages positifs, reposant dans la quête de liberté sociale, parfois spirituelle, délivrant des messages de tolérance, et développant une nouvelle vision du monde. Le rap se conscientise, cherche à redorer son image, autrefois écornée et marginalisée, et prône désormais des valeurs plus humaines tout en dénonçant les injustices .

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