#26 – Hors Format / Disque 1 : Choisir, c’est renoncer

Depuis le temps, il fallait bien qu’un jour ou l’autre on se frotte au plus grand album de Michel Sardou – en durée du moins – à savoir Hors Format, double album fleuve paru en 2006. Sombre, mélancolique, saturé de guitares et occasionnellement joyeux, Hors Format est l’archétype de ce qui caractérise souvent les double-albums : inégal, rempli de chansons qui ne ressemblent pas,  ou d’autres qu’on aurait plutôt vu en Face B.

C’est pour ça que nous avons décidé de trancher dans le vif ! A album exceptionnel, dispositif exceptionnel : Tout d’abord parce que l’on va scinder l’exploration de l’album en deux épisodes. Ensuite parce que l’on a une invitée ! Il s’agit de Audrey, qui nous a fait l’honneur de nous accompagner pour les deux émissions qui vont servir à couvrir l’album.

Et enfin, on a décidé de se livrer à un petit exercice de pure forme : Faire de Hors Format un album simple au lieu d’un double, c’est à dire « éliminer » (transformer en face B) toutes les chansons qui nous plaisent moins, et garder pour l’album celles qui nous plaisent. Et pour y arriver, nous avons voté à bulletin secret à chaque tour, parce que les choses légères se doivent d’être traitées avec sérieux !

Lancez donc l’écoute et découvrez quelles chansons nous avons gardés pour le disque 1, la suite dans 5 jours !

4 Replies to “#26 – Hors Format / Disque 1 : Choisir, c’est renoncer”

  1. Hors Format, un des 2 ou 3 meilleurs albums de sa carrière si ce n’est le meilleur (Concorde, Les villes hostiles, Sature, Nuit de satin, les jours avec et les jours sans, La dernière danse, On est planté, Valentine day, Je serai là)

    Des désaccords quant à votre vote sur le CD 1 :

    – Sature : un bijou
    – Les jours avec et les jours sans : Ca aurait été le single parfait
    – Beethoven : la chanson n’est pas si mal mais le refrain gâche tout (« le monde est sourd comme Beethoven »). Tellement de commentaires négatives du style « le monde est aveugle comme Ray Charles » ont fleuri à la sortie de l’album. Une voix désagréable sur « harmonie, contretemps…), pas harmonieuse. Le single a été un terrible échec pour Universal qui est très vite passé au 2ème single. Sardou l’a tenté sur scène mais a très vite renoncé après seulement quelques interprétations (pour avoir écouter la version live sur club Sardou il a eu raison). Elle n’est même pas sur le live. Globalement la maison de disque s’est loupé sur le choix des singles de cet album (Beethoven et Allons Danser n’ont pas arrangé son image qui s’était pourtant amélioré dans les années 80 et 90).

    Sur les singles on a eu : Beethoven, Allons Danser puis l’excellent Valentine Day et enfin Concorde

    1. Je me suis longtemps si « Le monde est sourd, comme Beethoven » devait être pris au pied de la lettre ou si c’était une phrase à double fond.
      Comme c’est du Barbelivien, il ne faut peut être pas chercher de la profondeur là où il n’y en a pas, et prendre ce énième « comme » pour ce qu’il est : même pas une métaphore, une plate comparaison qui aurait pu se décliner à l’infini : le monde est aveugle comme Ray Charles (ou Gilbert Montagné), mais aussi nain comme Mimie Mathy, gros comme Depardieu, etc. Voilà de quoi faire un prochain tube pour Didier.
      Malgré tout, Beethoven n’est pas n’importe quel sourd, puisque, accessoirement, c’est l’un des plus grands génies de la musique. Je pense donc que la chanson dit plus que son interprétation littérale (qui serait, en gros, que le monde est un grand fracas, un chaos violent, qui nous rend sourds). Elle semble aussi dire que malgré notre infirmité, nous sommes capables de vivre, d’aimer, de créer, au milieu du bruit et de la fureur. Sinon, que viendrait faire au milieu de cette énumération d’horreurs ce pont musical irénique : « Et la vie passe en chantant/Harmonie, contretemps/Le monde est un infini poème » ? Pourquoi dire « Tant de génie » ?
      Je pense donc qu’ils ont voulu dire qu’être « sourd comme Beethoven » signifie plus qu’être juste sourd. C’est aussi être un génie, malgré (ou grâce à ?) une infirmité. Cela m’a toujours fait penser à cette citation de Robert Musil dans l’Homme sans qualités : « Avec un art divers et considérable, nous fabriquons un aveuglement qui nous permet de vivre à côté des choses les plus monstrueuses sans en être ébranlés […] Entre l’abîme du ciel au-dessus de nos têtes et un autre abîme céleste sous nos pieds, nous parvenons à nous sentir aussi tranquilles sur terre que dans une chambre fermée. »

      J’admets que je peux aussi sur-interpréter et accorder trop de crédit à la plume de Barbelivien. Mais les paroles sont coécrites avec Sardou, qui est capable d’être bien plus subtil et cultivé que ce qu’il veut bien laisser croire. Et ce texte est d’ailleurs parsemé de références plus ou moins explicites : à Vercors (Silence de la mer), Barjavel (La nuit des temps), Balzac (Splendeurs et misères). Ce qui en fait une chanson de name dropping sur fond de vision tragique de l’Histoire, comme l’était « Les prochains jours de Pearl Harbor », déjà écrite par les deux mêmes. Cette chanson parlait déjà du cycle éternel de la violence, de l’aveuglement face à celle-ci (« Tout le monde croira qu’on en est loin/Comme le croyait depuis toujours l’État major américain », un des meilleurs vers écrits par nos deux amis), mais aussi de la faculté de l’homme à vivre au milieu d’elle : « Les prochains jours de Pearl Harbor, Certains d’entre eux feront l’amour. »

  2. Hors-Format, un « album clin d’oeil », très auto-référentiel : ce qui frappe, c’est le nombre d’échos plus ou moins explicites aux chansons du passé qu’il contient. Jamais autant Sardou ne s’est auto-cité que sur cet album, avec des chansons qui sont des « suites », voire des « remakes » de ses tubes antérieurs : « Concorde » est un nouveau « Le France » ; « Les villes hostiles » suivent « Les villes de solitude » ; « Les yeux de mon père » renvoient à « Il était là », mais aussi à « Une fille aux yeux clairs » ; « Valentine Day » reprend à l’identique le sujet de « Mam’selle Louisiane ». On pourrait ajouter, en poussant un peu, que « Cette chanson là n’en est pas une » cite explicitement « Cette chanson là », et que « Nuit de satin » est une sorte de contre-champ à « Le Grand réveil » (même si ce n’est pas la même pathologie qui est en jeu, il s’agit dans les deux cas de parler de la résistance de l’amour et de la vie intérieure face à la perte de contrôle sur le corps, mais vue de deux points de vue différents. On peut dire aussi que « Qui m’aime me tue » viendra former une trilogie avec ces deux chansons).

    Cette tendance à revisiter son répertoire tranche avec la façon qu’il aura de le maltraiter lors de la tournée qui suit, avec cet atroce séquence a cappella. Mais j pense qu’après un album terriblement générique comme « Du plaisir », dont la plupart des chansons auraient pu être chantées par n’importe qui, Sardou ressentait le besoin d’un retour à soi, et de faire un album avec des morceaux de « vrai Sardou » (polémiques et chansons sur des faits de société, chansons à personnage, chansons historiques, envolées vocales lyriques, etc), . Quitte à tomber un peu dans la redite.
    Malgré tout je pense que la formule « son modernisé + fidélité à la carrière de Sardou » a montré ici, et ici seulement qu’elle pouvait marcher, voire donner lieu à ses meilleurs titres depuis sans doute 1994 et « Putain de temps », avec « La dernière danse », mais aussi selon moi avec « Nuit de satin », à l’écriture absolument parfaite comme vous l’avez souligné.

    Sinon, je suis persuadé que « Sature » est une chanson sur l’orgasme, et que dans « La dernière danse » il joue une nouvelle fois à brouiller les pistes sur le fait qu’il parle ou non de la mort, comme dans « Je vole ». Malgré tout, un indice, avec le « tempo Nouvelle-Orléans, mélancolique et chaleureux ». Outre qu’on retrouve ici l’obsession de Sardou pour la Louisiane (4 chansons juste sur ce sujet quand même !), cette synthèse de ses deux patries la France et l’Amérique, je pense qu’il fait référence aux orchestres de jazz qui accompagnent les cortèges funéraires de Louisiane, comme celui qu’on trouve au début de Live and let die (le film) : https://www.youtube.com/watch?v=-ZPZWZDlkaY

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